Bon sang mais c'est bien sûr !
Une collègue journaliste me dit la fameuse petite phrase que j'ai tant entendue, pendant la promotion de ce livre, cette petite phrase qui me crucifie à chaque fois: "C'est un peu une compil de ce que je savais déjà".
Voilà, on est en plein dedans : les journalistes à qui nous avons envoyé le livre ont été gavés trois mois sur douze des mêmes infos que moi, en faisant ma doc Star Ac. Ils n'ont donc pas l'impression de découvrir grand chose. Allez donc essayer de faire goûter des oeufs au chocolat à un confiseur après Pâques.
Mais il se trouve que j'ai, en parallèle de mon travail documentaire, rencontré 70 personnes. Et ces rencontres ont porté leurs fruits d'infos.
La principale, celle concernant Lucie, Etienne (Mougeotte) et Radia. Et d'innombrables "perles" comme ces oreillettes sur mesure (600 euros la paire) qui évitent aux élèves de se blesser l'oreille. Trop cher pour Endemol, qui émarge à 100 millions d'euros par an sur les produits dérivés (un chiffre exclusif donné par mon livre). Ou encore l'histoire que m'a contée le fondateur de Sipa, l'agence photo qui a survécu grâce à la Star ac, mais qui n'est plus aujourd'hui une agence de photo journalisme, mais une agence de photo people; les temps changent.
Et ces petites phrases : "Je vais regonfler le marché à l'helium," de Pascal Nègre, ou "la télé réalité, c'est que de la manip, que de la manip" d'Alexia Laroche Joubert. Des infos de ce type, il y en a à chaque page de mon livre, et certaines personnes ont pris beaucoup de risques à me les confier...
J'explique à mon interlocutrice que, mortifiée qu'on prenne cette enquête pour un recueil de citations, j'avais surligné d'un trait rageur les deux tiers d'informations originales dégotées à la force du poignet.
J'aurais mieux fait de faire des notes en fin de livre pour renvoyer les citations extraites de journaux, m'explique-t-elle. Une pure opération cosmétique, mais qui aurait changé la perception de mes confrères sur mon oeuf, tombant après la pleine période de ponte...
Aujourd'hui, c'est la perception rapide qui compte. Il ne faut quand même pas s'attendre à ce que mes confrères débordés lisent un livre en détail. Mes scrupules à rendre à Cesar ce qui est à Cesar m'ont desservi...Trop bête, l'ange, vraiment, trop con.
- L'axe est parfois flou. A cheval entre la dénonciation qui ne s'assume pas et l'étude a charge qui n'en a pas la forme (d'une étude).
- Pourquoi attendre la fin pour poser la question de l'influence en profondeur sur les jeunes esprits de telle manipulation médiatique ? - Mais ce n'est sans doute pas la raison d'être du livre.
- Un peu plus de rigueur universitaire dans la construction des chapitres ne déparerait pas. Ca ajouterait à l'impact du livre, qui n'en manque pas.
- On dirait que vous vous êtes retenue. Vous n'avez pas voulu être trop méchante ?
Cela a dû coûter de longues heures de téléphone et d'emails pour obtenir toutes ces informations secret-défense-si-tu-divulgues-Endemol-te-tue...
A vrai dire, j'ai envie de donner dans l'à-quoi-bonnisme. Les masses sont conscientes de l'artificialité de ces programmes et de cette musique. Regarder ces belles (admettons) jeunes femmes et beaux jeunes gens quelques heures par semaine permet de rêver à bon compte. Les rêves ne sont pas moins artificiels que le quotidien de ceux qui les font... Les jeunes pensionnaires du château sont aussi aliénés que ceux qui les contemplent, d'où cette relation passionnée entre le public et les académiciens, ces derniers endossant le rôle de vernis d'un instant nappant le creux des fantasmes du premier. Parce qu'après tout, si la Star'Ac propose du faux, pourquoi serait-il moins valable que les miroirs aux alouettes des parents des jeunes consommateurs d'aujourd'hui ? A choisir un rêve bidon, autant prendre celui avec la gloire et le fric - le rêve de faire école de commerce/contrôleur de gestion n'ayant pas aux yeux des enfants l'attrait qu'il a aux yeux des parents. Un peu sûrement parce que déjà jeunes les enfants peuvent assister au naufrage de leurs parents.
Voilà : la Star'Ac, une bouée qui brille et qui chante sur l'océan du naufrage personnel potentiel ou avéré.
Les masses sont conscientes qu'on les lobotomise et elles en redemandent, ça rend la vie moins dure.
Donc, hormis les quelques critiques formulées plus haut, je dirais que ce livre, doté d'une couverture un rien plus sexy, permettrait à ses plus jeunes lecteurs potentiellement victimes de Pascal Nègre, Arthur et John de Mol de se choisir un autre rêve que la Star'Ac pour les accompagner dans une vie au final aussi aliénée que la tienne ou la mienne. Guy Debord s'est suicidé, hein.
Merci pour ce commentaire, Florent. Je suis d'accord sur tout, hormis la maquette (mais chacun son goût). Concernant cet axe flou, il vient chez moi de l'intention de départ : comprendre avant tout. Je me rends bien compte qu'il est difficile, aujourd'hui, d'avoir ce type de parti pris...
GP
Rédigé par : Florent | avril 21, 2005 à 11:08 AM
Même en connaissant tt ce qui touche à star ac' j'ai trouvé votre livre très interessant.
Je vous ait d'allleurs posté un message en commentaire dans le sujet cas, bachelor... pour vous donner quelques petites infos sur les anciens candidats
j'ai oublié de vous préciser que Tina travaille actuellement sur un album soul qui correspond à son style de voix .
Amitié
Rédigé par : Jeff | avril 19, 2005 à 06:16 PM